BET AWARDS 2016 : Beyoncé, Kendrick Lamar et Jesse Williams sonnent la révolte.

Les BET Awards 2016 se sont tenus dans la nuit de dimanche à lundi à Los Angeles. Entre hommage et mobilisation politique, retour sur une soirée riche en émotions.

 

Comme pour donner le ton à la soirée, c’est sur les paroles du célèbre discours « I have a dream » de Martin Luther King, que Beyoncé a choisi de faire son entrée au milieu de ses danseuses défilant à pas cadencés, telles d’ancestrales guerrières. Pour ouvrir la cérémonie, Queen B a offert en duo avec Kendrick Lamar aux spectateurs un show exceptionnel, mêlant son et lumière, l’eau et le feu, sur le titre lourd de sens Freedom de l’album Lemonade.

 

Le thème était prémonitoire, la liberté c’est ce qui allait marquer cette soirée. La liberté de parole surtout. L’acteur Jesse Williams plus connu sous le nom de Dr Jackson Avery dans la série Grey’s Anatomy a reçu un Award pour son engagement humanitaire. Personne dans l’audience ne s’attendait au discours qu’il allait faire. À la fin de celui-ci, il a reçu une standing ovation de la salle entière. Samuel L. Jackson n’hésitant pas à déclarer ne pas avoir entendu un tel discours depuis les années 60 et la lutte pour les droits civiques.

Voici la traduction de ce moment intense.

« Cet Award n’est pas pour moi, il est pour moi, il est pour toutes ces organisations qui œuvrent pour les droits civiques, les parents et professeurs qui se battent pour que les étudiants réalisent qu’un système construit nous pour diviser et nous détruire ne peut s’élever si nous nous élevons. C’est tout simplement mathématique, plus nous apprendrons qui nous sommes plus nous nous mobiliserons. Cet Award et aussi pour les femmes noires qui ont dédié leurs vies à s’occuper de tout le monde avant elles-mêmes. Nous pouvons et nous serons meilleurs pour vous.

Hier, ça aurait dû être le quatorzième anniversaire du jeune Tamir Rice. Alors, ne me parlez pas des progrès qui ont été faits quand du personnel payé par l’État peut tirer depuis une voiture sur un gamin de 12 ans qui joue tout seul dans un parc en plein jour. Qui peut le tuer en direct à la télévision et ensuite rentrer se faire un sandwich. La vérité c’est que nous gagnons tous de l’argent ici, mais ça ne suffit pas pour arrêter tout cela. Dédier nos vies à gagner de l’argent pour le dépenser juste après pour se recouvrir le corps de marques de vêtements, alors qu’on a passé des siècles à prier, avec de vraies marques sur tout le corps. Et maintenant nous payons pour avoir des marques sur nos corps !

Il n’y a pas eu de guerres où nous ne nous sommes pas battus, où nous ne sommes pas morts en première ligne. Il n’y a aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt qui ne nous a pas été prélevé, et nous les avons tous payés. Mais la liberté est toujours conditionnelle ici. Vous êtes libres, voilà ce qu’ils ne cessent de nous dire, mais elle serait vivante, si elle n’avait pas agi si librement! La liberté est toujours promise dans l’au-delà, mais l’au-delà est une arnaque, nous la voulons maintenant. Nous maintenons ce pays à flot depuis des années, et nous en avons assez d’attendre que pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous, enterrant les noirs loin des yeux et loin du cœur, pendant qu’ils nous soutirent notre culture, nos dollars, nos divertissements. Ils nous enferment dans des ghettos, dévalorisent nos créations, les volent, embourgeoisent notre génie. Avant d’abandonner nos corps comme des écorces de fruits. C’est réfléchi, c’est comme ça, mais ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels. Merci.»

L’heure était donc bien à la mobilisation en cette année d’élection présidentielle et même Usher y est allé de sa contribution en arborant au dos de sa chemise « Don’t Trump America ».

Mais cette soirée a été également placée sous le signe de l’émotion. On retiendra tout particulièrement l’évocation pleine de tendresse de Mohamed Ali par sa fille Laila. Ou encore les remerciements émus de Samuel L. Jackson à tous ceux souvent anonymes, qui l’avait amené à croire en lui et à son potentiel d’acteur.

Enfin de nombreux artistes ont choisi de rendre hommage en chanson au regretté Prince, comme le chanteur Bilal ou la frénétique Janelle Monae. Mais c’est Jennifer Hudson, tout de blanc vêtue, qui a marqué les esprits avec son émouvante interprétation de Purple Rain donnant la chair de poule à tout l’auditoire. Émouvant comme l’adieu final de Sheila E, guitare brandie vers le ciel, adressé au Kid de Minneapolis, son ami de toujours.